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Rémy Duroir

Annie Maurer (1960 - 2014), a choisi son nom d'artiste: Roxane.
Roxane n'a jamais signé ses créations, ce qui ne facilite pas un classement systématique. C'est pourtant un travail qu'ont entrepris Francis Vladimir et Laurent Nouaze-Priet. Ce travail colossal, je l'admire et le salue , il me sera d'une aide précieuse pour gérer les œuvres et les présenter au public lors des expositions qui seront consacrée à cette artiste.

 

Sans la connaître, je suivais depuis plus d'un an, les travaux photographiques de Roxane sur internet et en particulier les échanges avec Lydia Belostyk, sur le thème "la photo de midi et quart", ou plus exactement de "douze heures quinze". j'avais trouvé l'idée sympathique, à la fois riche et naïve avec cette obligation horaire tout à fait propice à la création. J'avais l'habitude de consulter les blogs de photographes, mais c'est bien par hasard que je m'étais introduit dans leur correspondance, discrètement, sans me faire connaître, en voyeur... Je connaissais donc un peu une partie de l’œuvre de Roxane, une toute petite partie de son génie créatif, de sa malice artistique. Nous étions, je pense, en  2013. Quelque temps plus tard, j'allais faire sa rencontre. Un dimanche après midi.

  "la photo de 12h15", Roxane maurer à Lydia Belostyk - novembre 2013

Avec Brigitte, qui l'accompagnait alors dans toutes ses promenades autour de Genouilly, Roxane arriva à mon atelier-galerie en début d'après midi: une petite visite de courtoisie-découverte des "autres" qui peuplaient ce petit bout du monde, bien loin de Paris. Elle avait pris l'habitude de rendre ses visites aux ateliers d'artistes, aux galeries d'art, aux musées, à toutes les personnes qui avaient de l'importance pour elle, entre Vierzon, Massay, Graçay et ce jour-là Saint Outrille. Elle avait le sourire et était rayonnante lorsqu'elle entra dans mon atelier. Ce qu'elle savait de moi,c'est que j'étais le directeur du musée de la photographie. Nous fîmes vite connaissance. "Je suis Annie Maurer, mais j'ai choisi de m'appeler Roxane, je suis installée à Genouilly, dans le Haut Bourg, je fais du dessin, de la peinture, des objets, je rencontre les artistes de la région; je fais également de la photo ... - Oui, je sais, vous correspondez avec Lydia Belostyk sur le thème "photos de douze heures quinze"!

 

Ma réponse la figea; elle n'imaginais pas trouver ici, en province, dans ce Berry ou elle venait de s'installer, une personne qui puisse ainsi la reconnaître. J'avais, je l'avoue, fait un joli coup de bluff ce jour-là, j'aurais pu ne pas faire le rapprochement, ne connaissant rien de cette nouvelle artiste installée dans le canton, et pas grand chose de la photographe que je suivais sur le net. Il s'en suivit un fou-rire à trois, idéal pour engager une conversation.

 

Comme son regard était attiré par un de mes tableaux, "évolution contrariée", une encre de chine de 1967, nous engageâmes une discussion sur le Groupe "Solstice" auquel j'appartiens depuis cette date; inévitablement, je citai mon maître Yves Métivier, membre créateur avec le peintre-sculpteur Jund de ce mouvement artistique d'avant-garde. Roxane me confia, qu'elle souhaitait rencontrer Yves Métivier, dont elle avait vu plusieurs tableaux à Vierzon et dont la renommée était arrivée jusqu'à son nouvel atelier, le "22". Je promis à Roxane de l'accompagner à Massay pour y rencontrer "Théo", surnom que j'ai donné à Yves, il y a cinquante ans...Elle était curieuse et impatiente de rencontrer ce témoin reconnu de l'art contemporain.

"évolution contrariée" Rémy Duroir - 1967

"grand nu rose" Yves Métivier - 1968

 Affiche expo Solstice 1969

Nous avons beaucoup échangé cet après-midi d'été, et je pense que Roxane aurait aimé ce Groupe Solstice...Elle en partageait le côté "peintres maudits" du XIXème siècle, mais aussi cette volonté d'être les premiers, les pionniers d'un art contemporain, encore non défini.

Ensuite, nous avons regardé mes photos et le film "la princesse sourire" que je venais de réaliser. Roxane était joyeuse et riait de tous nos bons mots.  Nous nous sommes promis de nous revoir très vite. J' ignorais tout de son état de santé. Je ne savais pas que ses jours étaient comptés.

© Rémy Duroir 2018